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Avis critique – Le grand bain de Gilles Lelouche

Aujourd’hui les Petits Chats, j’ai envie de vous parler d’un film qui m’a beaucoup touchée. Il s’agit du long-métrage Le grand bain, réalisé par Gilles Lelouche.

Gilles Lelouche est un acteur français connu que l’on peut retrouver notamment aux cotés de Guillaume Canet et Jean Dujardin.

Pour Le Grand bain, il ne s’occupe que de la réalisation puisque il ne se voyait pas cumuler les deux casquettes pour cette fois (jouer et réaliser)*.

 

LE GRAND BAIN, CA PARLE DE PISCINE OU DE BAIGNOIRE ?

Le grand bain, c’est l’histoire d’une équipe de natation synchronisée masculine qui décide peu à peu de se présenter aux championnats du monde de la discipline (sans y être vraiment préparée).

Mais c’est aussi l’histoire de sept hommes et deux femmes, bien chahutés par la vie, qui prennent soin les uns des autres et se tirent ensemble de la merde [pardon pour le vocabulaire]. Ça peut paraître vu et revu et pourtant j’ai trouvé que le résultat était vraiment original. Une petite perle, un petit ovni comme seul le cinéma français sait nous le faire.

 

DES PERSONNAGES CABOSSÉS…

Comme je l’ai déjà dit, les personnages sont tous un peu abîmés. Dépression, alcoolisme, handicap, séparation, paternité, problèmes professionnels, chacun a ses propres raisons de ne pas être au maximum de son épanouissement personnel.

En tant que spectateur, on suit principalement Bertrand, qui est en dépression depuis deux ans. On ne connaît donc pas les raisons qui ont poussé les sept autres membres de l’équipe à venir aux entraînements. On peut à la limite le deviner en découvrant les bribes de leur vie qui nous sont présentés. D’ailleurs, même si on suit Bertrand, on ne peut pas être sûr des raisons qui l’ont amené lui à venir à cet entraînement. Le film est construit de telle sorte à nous faire ressentir également ce brouillard qui semble l’envelopper chaque jour. Gilles Lelouche parvient avec brio à nous faire ressentir les effets combinés d’une bonne dépression et des médicaments pris pour la canaliser. C’est en tout cas le ressenti que j’ai eu en suivant Bertrand du moins au départ. On le suit sans trop savoir, sans trop comprendre et au fur et à mesure de ses interactions avec les autres, on comprend. On comprend que ces hommes, que la vie n’a pas épargnés mais n’a pas enfoncés plus que les autres non plus, sont justement des hommes. Des êtres humains comme les autres qui ont des joies, des peines, des émotions, des envies, des interrogations et des doutes et qu’ils essayent tant bien que mal de vivre avec.

 

…ET LA QUESTION DE LA MASCULINITÉ AU CENTRE DE L’HISTOIRE

Ce qui m’a le plus touchée avec ce film c’est la réflexion qu’il porte sur la masculinité et les stéréotypes de genre.

Tout débute par une voix off qui nous explique que le sujet principal de ce film c’est la réponse au grand paradoxe de la vie : un rond ne peut pas entrer dans un carré et inversement. On a droit à une petite réflexion philosophique illustrée par des ronds et des carrés que nous retrouvons dans la vie de tous les jours : le rond du ventre de la mère, le rond des yeux, les carrés des cahiers, des fenêtres. Par la suite, le paradoxe nous est illustré au moyen d’un célèbre jeu pour enfant (un puzzle où il faut remettre des éléments en bois à leur juste place). Et effectivement, on s’aperçoit (même si on le savait déjà), qu’un rond ne peut pas entrer dans un carré et inversement.

Bien évidemment, une sorte de réponse sera apportée à ce paradoxe à la fin du film mais je ne vous dirai rien là-dessus.

Ainsi, de manière plutôt subtile, ce paradoxe de ronds et de carrés est au centre de l’histoire. On ne réalise qu’à la fin quel est le sujet réel du film. Le sujet ce n’est pas juste huit hommes et deux femmes cabossés. Le sujet, c’est la masculinité. Le rapport de ces huit hommes avec leur propre masculinité mais aussi la vison de leur entourage sur ce qu’est un homme et sur ce que peut/doit faire (ou non) un homme pour être viril.

On voit ainsi nos personnages discuter entre eux, se confier, se raconter leurs histoires en essayant de ne pas porter de jugement les uns sur les autres. On les voit se réconforter, s’engueuler parfois. Et ça fait du bien. Ça fait du bien de voir des hommes parler (plus ou moins) de leurs sentiments et émotions, de leur vécu. Ça fait du bien de protester contre cette idée qu’un homme ça doit être fort, ça ne peut pas pleurer, ça ne peut pas faire de dépression. Et surtout, ça fait du bien de voir des femmes soutenir ces hommes-là, les encourager et encore mieux être fiers d’eux. Ça fait du bien de voir des personnages s’élever contre l’idée qu’un homme ne peut pas faire de natation synchronisée parce que « c’est pas viril ».

 

LE TOUT PORTE PAR UN CASTING DE GRANDE QUALITÉ

Il semblerait que Gilles Lelouche ait plus ou moins construit ses personnages en fonction de l’acteur correspondant. Et si ce n’est pas le cas, l’interprétation est quasi parfaite. Globalement, l’ensemble du casting est excellent mais j’aimerai tout de même adresser une mention spécial à Mathieu Amalric, Philippe Katerine, Guillaume Canet et Virginie Effira qui brillent particulièrement. Chapeau levé également à Marina Foïs et Mélanie Doutey, seconds rôles qui apportent la touche essentielle au film en portant sans excès la question de la masculinité. S

Enfin, ce film aura également réussi l’exploit de me réconcilier avec Leïla Bekhti. En effet, malgré son indéniable talent, depuis Tout ce qui brille, j’avais du mal à l’apprécier dans ses différents films. Elle m’agaçait. Mais avec le grand bain, j’ai retrouvé une actrice de qualité et ça a donc été une bonne surprise.

 

EN CONCLUSION

Vous l’avez compris, j’ai adoré ce film que j’ai trouvé très juste et très touchant. Je l’ai trouvé d’une poésie et d’une douceur parfaite. Il m’a rire la plupart du temps, mais certains passages particulièrement bien posés ont amené mon petit cœur à se serrer doucement devant l’afflux d’émotions qui menaçaient de me submerger. Il questionne avec justesse le rapport des hommes à la famille, à la paternité, au travail, au couple ainsi que la pression qu’ils subissent pour correspondre aux standards actuels du masculin. Il nous interroge enfin sur notre propre vision de la masculinité, de la virilité et nous pousse jusqu’à cette question essentielle : est-ce qu’un rond peut entrer dans un carré ?

J’entends souvent dire que le cinéma français ne sait pas faire de bonnes comédies, je peux vous dire que le grand bain tend à prouver l’inverse.

Et vous ? Est-ce que vous l’avez vu? Si oui, avez-vous eu le même ressenti ou c’est moi qui extrapole un peu trop ?

 

Pour découvrir la bande-annonce, c’est par ici.

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