Paroles de Yoda le sage
Actualités,  Mon jardin (pas si) secret...

Je suis en colère

Aujourd’hui, ça fait officiellement deux semaines que je suis confinée chez moi, que je ne peux pas aller travailler, sortir voir ma famille ou mes amis.

Aujourd’hui, ça fait une semaine que l’enthousiasme du début a laissé place à la peur et à une colère sourde.

Aujourd’hui, je suis en colère.


Au nom de ces petites mains invisibles qui portent le pays à bout de bras

Il y a encore quelques année en arrière, je m’en fichais un peu du monde médical en souffrance, des agriculteurs dans la misère, du mépris subi par les enseignants, ces flemmards. Bref, le sort de toutes ces petits mains invisibles mais indispensables à la vie d’un pays, ne me faisait ni chaud ni froid.

Aujourd’hui, j’ai derrière mois cinq ans d’études dans le domaine de l’enseignement. La réalité du métier je me la suis prise en pleine face plus d’une fois. Devant la difficulté du job, j’ai même baissé les bras et décidé que ce n’était pas un métier pour moi. Mais certains de mes amis sont restés. Je suis, parfois de loin, leurs efforts constants pour exercer ce métier avec passion. Ils ne comptent pas leurs heures pour fournir un enseignement de qualité à leurs élèves. Leurs conditions de travail sont exécrables et pourtant, ils sont encore là, malgré les sacrifices qu’on leur demande.

Aujourd’hui, mon compagnon est étudiant infirmier, mon beau-frère infirmier-anesthésiste, sa compagne infirmière-puéricultrice, ma meilleure amie est une ancienne aide-soignante. Des soignants, j’en connais plein maintenant. Je fais des soirées avec eux. Je discute avec eux. Ils me racontent la réalité de leur métier avec les difficultés auxquelles ils doivent faire face. Ils ne comptent pas leurs heures pour soigner, rassurer, accompagner leurs patients. Leurs conditions de travail sont exécrables et pourtant, ils sont encore là, malgré les sacrifices qu’on leur demande. Déjà avant cette crise sanitaire, je vous parlais de l’hôpital qui allait mal.

Mais il aura fallu une crise sanitaire hors du commun pour que la réalité soit exposée à la vue de tous. Il aura fallu une pandémie pour que les soignants reçoivent un peu de reconnaissance. Pour que les parents, certains du moins, réalisent la difficulté de la tâche des enseignants. Il aura fallu le Covid-19 pour que tous, moi y compris, nous réalisions à quel point notre pays est avant tout porté par toutes ces petites mains invisibles. Ces agriculteurs, ces routiers, ces conducteurs de transports en commun, ces employés de supermarché. Et ça me fout en rogne. Contre moi et contre nous.

[Et encore, il y a toujours des gens, omnibulés par leur propres peurs qui font preuve de comportements d’une bassesse incroyable. Ceux qui volent les masques et les gels hydroalcooliques dans les hôpitaux, les cabinets et les voitures des soignants, on vous voit ! Ceux qui marginalisent les soignants, leur demande de changer d’immeuble pour ne pas vous contaminer, on vous voit ! Si je ne prônais pas la bienveillance pour tous, je vous cracherais dessus !]

Mais c’est pas ça le pire.


Contre ces dirigeants, ces décideurs qui gèrent cette crise comme des pieds

Comme beaucoup de monde je crois, j’ai complètement minimisé la situation. Ils nous ont dit que c’était rien de plus qu’une petite grippe alors je les ai crus. Je n’ai pas cherché plus loin, je n’ai pas approfondi plus et je les ai crus. Quand ma crèche a fermé pour une durée indéterminée, que les rassemblements ont été interdits, que les lieux publics non-indispensables ont été fermés, que le confinement à débuté, là j’ai commencé à douter. Là seulement, j’ai commencé à me dire que ça devait être plus qu’une simple grippe.

Après l’enthousiasme des débuts, c’est la peur qui a commencé à prendre possession de mon cœur. La peur pour tous ces gens en première ligne, pour mes proches, pour moi.


« La peur mène à la colère, la colère mène à la haine… La haine mène à la souffrance. La souffrance mène au côté obscur de la force. » (Star Wars)


[C’est pas moi qui le dit les gars, c’est Yoda !]


Et maintenant, peu à peu, vient aussi la colère.

Parce que si on est dans cette situation aujourd’hui, si on doit faire face à cette catastrophe sanitaire, c’est aussi à cause d’eux. Les décideurs, les grands dirigeants qui savent toujours ce qui est le mieux pour le pays. Qui ne pensent qu’en termes économiques et budgétaires. Qui veulent à tout prix que l’hôpital public fonctionne comme une entreprise. Mais bordel ! On vous l’a déjà dit, quand il y a de l’humain en jeu, on ne peut pas tout réduire à l’économie et au budget. L’hôpital allait mal déjà avant cette crise, évidemment qu’aujourd’hui c’est un désastre. Évidemment que les soignants sont épuisés, qu’ils n’ont pas assez de lits, pas assez de matériel. C’était déjà le cas avant. Alors face à une pandémie, qui croyait vraiment qu’ils pourraient faire face en tout sérénité ?

Vous me connaissez maintenant, je n’y connais pas grand-chose à la politique et à l’économie. Moi j’écris avec mes tripes, mes émotions et mon cœur. Mais j’ai tout de même essayé de me renseigner un minimum. Et voilà ce que j’ai trouvé : si les soignants manquent de masques et de matériel aujourd’hui, c’est aussi et surtout à cause de certaines décisions qui ont été prises par tous ces décideurs.

Et c’est eux qui me mettent le plus en colère. Ceux qui s’inquiètent plus des retombées économiques pour leur pays que du décès de leurs concitoyens. Ceux qui ne savent tellement plus comment faire face à cette crise qu’ils finissent par enchaîner les bourdes. [Hello la porte-parole du gouvernement qui dit que parce les écoles ont fermé, les enseignants ne travaillent plus…] Mais le pire c’est ceux qui se réveillent maintenant, offrent leur reconnaissance aux soignants et leur promettent des primes exceptionnelles. [Ça fait des années que le monde médical appel à l’aide et il faut une catastrophe nationale, internationale même, pour que le monde se réveille et accepte de les entendre et les écouter. C’est la honte !]


J’ai peur, je suis en colère, mais j’ai aussi de l’espoir

L’espoir que l’on tire des leçons claires de cette situation. Parce que si cette crise est une catastrophe sur la majorité des points (sanitaires, économiques), elle peut aussi devenir un électrochoc.

Depuis le début de l’épidémie et des mesures radicales de confinement, la planète respire. La pollution diminue, les animaux repointent le bout de leur nez. Preuve que l’état dramatique dans lequel on met notre planète n’est pas irréversible. Bien sûr que cela demanderait d’énormes sacrifices. Bien sûr qu’il nous faudrait complètement changer nos sociétés et nos modes de vie. Évidemment qu’il s’agirait d’un bouleversement. Mais ce n’est pas impossible. Alors, il est de notre devoir d’essayer.

Depuis le début du confinement, des chaînes de solidarités se créent. Des interactions sociales nouvelles se font. Des gens chantent à leur fenêtre. Des jeunes viennent en aide, gratuitement, à des personnes plus vulnérables. Nos anciens, que l’on a tendance à négliger, voire oublier, sont choyés et protégés. Ces petits gestes anodins en apparence ne doivent pas s’éteindre en même temps que la pandémie. Ils doivent persister dans le temps car ils sont l’essence même de notre humanité.

Alors voilà mon vœu aujourd’hui, mon souhait, mon espoir.

Quand cette crise sanitaire sera passée, quand le pire sera derrière nous, quand ce sera terminé, que le temps sera venu de reprendre une vie normale, j’espère qu’on fera plus que ça. Plus que reprendre une vie normale.

J’espère que les gens ne se contenteront pas de dire « Oui oui, merci les soignants, les caissiers, les routiers, les agriculteurs et tous les autres. Allez, maintenant on retrouve nos petites habitudes et surtout on ne change rien. » J’espère que les gens se souviendront que s’ils ont pu survivre, c’est grâce à eux, toutes ces petites mains qui se démènent et prennent des risques pendant qu’on est confinés chez nous. Et j’espère qu’ils les soutiendront, le jour où ils demanderont des comptes aux plus grands, à nos dirigeants qui gèrent tout ça comme des pieds. À ceux qui ont décrété que l’hôpital devait fonctionner comme une entreprise.

J’espère que « Liberté, Egalité, Fraternité » ne sera plus qu’une simple devise affichée partout mais qu’elle deviendra notre mot d’ordre. Parce que la nation unie et indivisible en temps de crise, c’est beau, mais ça ne suffit pas. Elle doit aussi l’être quand tout va bien (ou presque).


Quelques petites choses intéressantes et pertinentes à lire :


Je vous embrasse les petits chats. Je vous envoie tout mes bonnes pensées et mes ondes positives. On se retrouve mercredi pour un nouvel article. On parlera (encore) série 😉

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