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THE HATE U GIVE

Coucou les petits chats. Encore un avis critique cinéma. Décidément ça n’arrête pas en ce moment ! Mais c’est pas de ma faute s’il y a tant de choses intéressantes dans les salles actuellement !


Le 23 Janvier 2019, The Hate U Give est sorti au cinéma.

J’avais déjà vu la bande-annonce mais, un peu apeurée par la puissance émotionnelle du film, j’avais décidé de ne pas aller le voir. Pas envie de pleurer comme une madeleine du début à la fin.

Et puis, comme je l’ai dit sur mon compte Instagram, j’ai lu l’article de madmoizelle.com. La rédactrice ciné et séries vendait tellement bien le film que ça m’a fait réfléchir.

Est-ce que j’allais vraiment passer à côté d’une pépite à cause de ma sensibilité excessive ?

Non.

Est-ce que je ne m’étais pas juré, à l’ouverture de ce blog, de sortir de ma zone de confort ?

Si.

Alors j’ai pris mon courage à deux mains et deux jours après sa sortie, je suis allée le voir en salle avec mon chéri. [Qui pour le coup était vraiment content parce que d’habitude, je fuis ce genre de films et il doit les regarder en solo.]


Quelle est donc l’histoire de ce film que tu appréhendais tant ?

Une histoire triste. Assurément.

Starr, jeune lycéenne noire (oui ça sonne un peu limite comme précision mais je vous jure que c’est un élément essentiel de l’histoire) voit son ami d’enfance abattu devant ses yeux par un policier blanc. Son ami n’était pas armé et Starr est le seul témoin de la scène.

Une question va alors s’imposer à elle : doit-elle se taire pour qu’on la laisse « tranquille » ou bien prendre la parole pour défendre feu son ami.

Le film va donc aborder la question des violences policières à l’encontre des personnes noires aux États-Unis.

L’histoire est portée par un casting inconnu pour moi, excepté Amandla Stenberg (qui joue Starr et que l’on peut voir notamment dans Hunger Games).


Le cadre est posé, passons aux détails

Dès les premières secondes, on est plongé dans l’ambiance. Alors que Starr et ses frères sont encore jeunes, leur père les prépare déjà au jour où ils seront arrêtés par un policier. Il leur apprend la conduite à tenir pour ne prendre aucun risque. Et déjà, cette première scène est très dure. Elle l’a été pour moi en tout cas. Parce que forcément, elle est en lien direct avec ce qui se passe régulièrement aux Etats-Unis. Quand Starr évoque cette scène, elle parle de LA discussion. Quand, pour les autres enfants, LA discussion est souvent liée à la sexualité, pour Starr et ses frères elle est liée à la couleur de peau et aux origines. 

J’ai trouvé que cette entrée en matière était d’une justesse incroyable. 

Par la suite, on comprend que Starr est partagée entre deux mondes : le quartier plutôt pauvre et principalement habité par des noirs, dans lequel elle vit et le lycée privé fréquenté par des riches blancs où elle suit ses études.

Dans son quartier, les perspectives d’avenir pour les jeunes ne sont pas nombreuses et bien souvent ils finissent par se tourner vers les King Lords, le gang du coin. C’est pour éviter cela à ses enfants que la mère de Starr, à la suite de la mort de la meilleure amie de sa fille, a inscrit ses enfants dans une école privée.


Quand ça part en cacahuète…

A ce stade de l’histoire, j’avais déjà le ventre noué parce que je savais que la situation n’allait pas rester ainsi éternellement.

Et puis c’est arrivé.

Starr se rend à une soirée avec ses amis. Elle retombe sur Khalil, son ami d’enfance, avec qui elle discute. Elle comprend qu’à cause de la maladie de sa grand-mère, il est obligé de travailler pour le gang. Il y a des coups de feu qui mettent fin à la soirée et Khalil décide de la raccompagner chez elle pour qu’elle soit en sécurité. 

Alors qu’ils roulent tranquillement ils se font arrêter par la police. Starr ayant eu LA discussion, elle réagit comme lui a appris son père : mains sur le tableau de bord, pas de mot plus haut que l’autre, de la politesse, bref elle fait profil bas. 

Le policier fait sortir Khalil de la voiture, poser ses mains sur le capot, etc mais Khalil ne semble pas conscient de ce qu’il est en train de se passer. Ou peut-être que si mais en tout cas, il paraît très détendu. 

Alors que le policier est allé vérifier les papiers de Khalil à sa voiture, ce dernier, assez innocemment et inconsciemment, passe le bras à travers la fenêtre. Avant que Starr ait eu le temps de faire quoi que ce soit, les coups de feu résonne, le policier la fait sortir pour vérifier qu’elle ne présente aucun danger et Khalil agonise au sol. 

A partir de là, tout s’enchaîne très vite. Elle est au poste de police pour faire une déclaration, elle en sort rapidement grâce à son oncle policier. Les médias s’emparent de l’affaire. Starr étant le seul témoin de la scène , c’est elle qui devra témoigner devant un grand jury pour déterminer s’il y aura un procès ou non. 

Alors que sa mère, pour la protéger, préfère que son identité ne soit pas révélée. Son père semble vouloir la voir s’élever pour ses droits. 

Starr est partagée, tiraillée entre sa peur de devenir la « meuf du ghetto » dans son lycée et son envie de défendre son ami, dépeint comme un dealer qui l’aurait bien cherché.

Finalement, elle décidera peu à peu de prendre la parole pour témoigner de l’injustice et des discriminations dont sont victimes les personnes de couleur aux Etats-Unis.

Je n’irai pas plus loin dans mes explications. Ce film fait parti de ceux qu’on ne peut pas et ne doit pas spoiler au risque de tout gâcher.


The Hate U Give

Le titre du film provient des célèbres paroles du rappeur 2Pac : « The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody » (Thug Life) ce qui peut se traduire par  » la haine que l’on donne aux enfants finit par tous nous niquer ». 

C’est Khalil qui donne cette explication à Starr quelques minutes avant de mourir. Et plus l’histoire avance, plus ces mots prennent tout leur sens, jusqu’au final où l’on s’aperçoit à quel point 2Pac avait raison.

La violence et la haine sont partout dans ce film et les jeunes et les enfants du quartier en sont imprégnés. On assiste ainsi à la démonstration parfaite de ces quelques mots. 

Pour quelqu’un comme moi, qui a étudié dans le domaine de l’enfance et travaille désormais dans la petite enfance, cette phrase sonne comme une mise en garde essentielle : les enfants sont les générations à venir. La manière dont ils grandissent, se développent et découvrent le monde est la source de leur construction en tant qu’adultes. S’ils sont imprégnés de violence et de haine et n’ont que cet exemple-là devant les yeux, il peut difficilement en ressortir quelque chose d’entièrement positif. 


Un sans-faute ?

Bien sûr que non. Comme je le disais au début de l’article, il y a plusieurs défauts dans le film. Un des éléments qui m’a un peu embêtée, c’est que dès la bande-annonce, se pose la question de la légitime défense (d’ailleurs invoquée par le policier).  Alors que Khalil est hors de sa voiture, les mains sur le capot, il se permet de faire un peu le mariole et de passer la main au travers de sa fenêtre. J’ai trouvé que le traitement du personnage et de la situation n’était pas crédible. Comme si Khalil ne comprenait pas le danger de la situation pour lui. 

Je vous arrête tout de suite : loin de moi l’idée qu’il est responsable de ce qui lui arrive ! Mais j’appréhendais une chose : que sa façon d’agir à ce moment-là soit un prétexte pour nier la discrimination dont sont victimes les noirs. 

Pour que le traitement du sujet soit complet, il était en outre important selon moi qu’on laisse une place à la parole des policiers. Sans nier la violence inouïe dont sont victimes les personnes noires aux Etats-Unis, je me méfie beaucoup des généralités et du  » tous pourris  » (notamment attribué aux policiers). J’appréhendais donc un peu le traitement qui serait fait du point de vue du policier qui prône la légitime défense. Parce que d’une certaine manière, suivant son expérience et ses propres peurs, on peut comprendre la peur du policier fasse à la situation. En aucun cas je ne dis que sa réaction était la bonne et qu’il était dans son droit. Mais à partir de la seule bande-annonce, c’était une hypothèse tout à fait acceptable. Et c’est cela qui me faisait peur. Je craignais que le film ne soit gâché par le traitement de cet élément : Khalil a passé la main par la fenêtre pour en sortir une brosse à cheveux. 

Heureusement, arrive un moment dans l’histoire (trop court à mon plus grand regret) où Starr discute avec son oncle. Cette discussion permet alors de rétablir la vérité : oui, quand les policiers interpellent des individus (peu importe leur couleur de peau) ils sont sous pression et craignent que la situation ne leur échappe. Oui, quand un individu (peu importe sa couleur de peau) passe la main à travers son véhicule, cela peut signifier qu’il va chercher une arme. Mais, comme le fait remarquer Starr, la réaction du policier diffère alors en fonction de la couleur de peau. S’il s’agit d’une personne blanche dans un quartier riche, le policier lui demandera de mettre les mains en l’air. S’il s’agit d’une personne noire, il tirera. Cette explication est très importante, d’autant plus qu’elle sort de la bouche d’un policier, noir.

Et cette scène était d’une importance primordiale pour le film. Sans elle, la crédibilité de l’histoire aurait pu être remise en cause. Grâce à elle, malgré la prise en compte du point de vue des policiers qui peuvent agir sous le coup de la peur, la vérité est mise en évidence : il y a une différence de traitement entre les noirs et les blancs.

Autant j’ai trouvé la place accordée au policier victime du meurtre de Khalil assez parodique (c’est un gentil garçon gnia gnia gnia, il a eu peur gnia gnia gnia légitime défense gnia gnia gnia), autant cette discussion entre Starr et son oncle a permis de rétablir l’équilibre de la meilleure manière qu’il soit. 


C’est un grand oui alors ?

C’est même plus qu’un oui. Cela fait déjà deux semaines que le film est sorti, je ne sais pas s’il est encore en salles partout mais si c’est le cas, allez le voir. Vraiment. C’est un film d’une beauté et d’une puissance incroyable. C’est un drame, sans aucun doute, dur mais qui donne envie de faire bouger les choses. 

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